Dans le “vent” de l’esprit

Un mot communément présent dans les doctrines des différentes confessions religieuses est “esprit”, terme qui est le plus souvent entendu comme indiquant une réalité invisible opposée à la matière... mais qui peut aussi prendre diverses significations.
Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer les deux vocables bibliques fondamentaux qui sont traduits par “esprit”... c'est-à-dire le terme hébreu rûah et le grec pnêuma, lesquels ont, à l’origine, la signification de «“souffle”, “vent”, “énergie vitale”, telle que manifestée dans la respiration”»… et donc ils « évoquent une réalité certainement subtile et insaisissable, mais concrète, celle du souffle, c'est-à-dire tant le vent (et même l’ouragan) que la respiration de l'être vivant.» (C.Wiéner, Grande Dizionario delle religioni, Cittadella Editrice, Assisi 1990, p.2019).  
Dans la perspective biblique cette "réalité subtile et insaisissable" provient de Dieu, qui se manifeste tant au niveau cosmique, par exemple dans l’esprit qui "au commencement... planait sur la face des eaux" (cf. Gn 1,2), que dans l’esprit qui donne la vie à chaque être humain.

Le “Souffle vital” de la Rûah

Si on prend en considération les deux “sources” fondamentales qui ont alimenté la pensée occidentale, c'est-à-dire la “source sacrée” de la révélation biblique et la source “païenne” de la philosophie gréco-helléniste, le terme “esprit” peut prendre diverses significations… parmi celles-ci, nous focalisons à présent notre attention sur le mot hébraïque rûah, utilisé dans la Bible pour désigner l’Esprit de Dieu, mais aussi l’esprit vital humain et animal, comme encore le vent.
À l’inverse d’une conception purement abstraite de l’esprit, dans sa signification biblique première la Rûah est le “souffle vital” qui envahit la biosphère, se répandant partout dans l’espace et constituant par conséquent une réalité cosmique invisible mais concrète.

Le "Souffle inspirateur" de la Rûah

Dans toute la perspective théologique qui caractérise les pages anciennes de la Bible hébraïque, pour laquelle l’Esprit est une façon qu’a Dieu de se révéler et d’agir dans le temps de l’histoire, nous avons donc vu que la Rûah est la puissance de vie qui émane de Yahvé, répandant partout dans le cosmos sa féconde “respiration” vitale.
Dans son autre fonction fondamentale, la Rûah est aussi l’Esprit que Yahvé “souffle” sur les personnes choisies par Lui... tant pour conférer aux Juges et aux Rois un “charisme” qui fasse d’eux ses mandataires dans la conduite du peuple de l’Alliance… que pour inspirer les Prophètes afin qu’ils parlent en Son nom, les éclairant aussi sur la signification que prennent les événements historiques en tant qu’expressions de son plan divin de salut.

Rûah en action transitoire... et permanente

Comme nous l’avons vu dans l’étape précédente, le Premier Testament révèle l’Esprit de Dieu en tant que force divine qui agit dans les personnes en les rendant capables d’accomplir des actes ou de prononcer des paroles extraordinaires, bien au-delà de leurs capacités humaines… et parmi les différents aspects qu’il est possible de relever dans cette action surnaturelle de la Rûah Yahvé, l’un d’eux concerne sa durée dans le temps :

Le "Rameau"... sur lequel se pose l’Esprit du Seigneur (Is 11,1-9)

« Le petit enfant mettra la main
dans l’antre du serpent…
La terre sera remplie
de la connaissance de l’Éternel
tout comme le fond de la mer
est recouvert par l’eau.»
(Is 11,8-9)
Comme nous l’avons déjà vu au cours de l’étape « Le "Souffle inspirateur" de la Rûah »... selon l’attente judaïque le Messie sera le roi-parfait, Celui qui sublimera l’idée même de souveraineté, permettant l’instauration d’un temps de paix et de justice, que l’on appelle “l’ère messianique”, reflet terrestre de la sainteté de Yahvé.
Ceci pourra arriver car sur le Messie demeurera de manière permanente la Rûah Yahvé, l'Esprit de Dieu qui Lui conférera de façon stable des facultés surhumaines et qui Lui permettra ainsi de penser et d’agir de la manière même dont pense et agit Yahvé.
Les caractéristiques du futur Messie sont reconnaissables dans le passage où Isaïe chante l’intronisation d’un nouveau roi, qui se trouve défini comme “un rameau (qui) sortira du tronc de Jessé” (Cf. Is 11,1-9).

Les dons de l’Esprit : Sapience (Hokmah) et Intelligence (Bînah)

En suivant le “vent” biblique de la Rûah-Yahvé, dans l’étape précédente nous sommes donc arrivés au passage d’Isaïe où le prophète annonce les dons que l’Esprit de Dieu déposera, de manière permanente, sur le rameau-Messie.
Focalisons à présent notre attention sur ces dons, et commençons par relever une particularité que l’on rencontre dans le verset qui les énumère :

Les dons de l’Esprit : Conseil ('Esah) et Force (Gheburah)

Le second couple des dons de l’Esprit qu’Isaïe indique dans sa vision prophétique (Cf. Is 11,2), est composé de l'Esprit du Conseil (en hébreu ‘Esah) et de l’Esprit de la Force (en hébreu Gheburah).
Comme on le sait, dans la langue commune “profane” le conseil est une recommandation qui est donnée “pour son bien” à une personne, pour l’aider à trancher par rapport à ses doutes et/ou à orienter ses choix, de manière à lui permettre d’agir au mieux. Dans la perspective biblique, cet aspect pratique du conseil trouve sa sublimation dans cet Esprit du Conseil qui a sa “Source” dans la Volonté providente de Dieu, qui est l'Unique à savoir vraiment ce qui est “le meilleur” pour chacun de nous :

Les dons de l’Esprit : Connaissance (Da'at)

Le troisième et dernier couple des dons de l’Esprit dont parle Isaïe (Is 11,2), est constitué par l’“Esprit de Connaissance” (rûah da'at) et par l'“Esprit de Crainte du Seigneur” (rûah jir'at JHWH).
Le premier de ces deux dons spirituels peut être compris à partir du verbe sémitique Jada’, qui est traditionnellement traduit par "connaître", mais dont la signification n’est cependant pas ramenée uniquement à cette forme abstraite du savoir qui est obtenu par l’utilisation de l’intelligence humaine.
Bien plus que la simple sphère intellective, le “connaître” biblique implique aussi, en effet, la sphère existentielle de l’être humain... qui ne parvient effectivement à connaître une réalité que dans la mesure où il réussit à entrer  pleinement en relation avec elle, c'est-à-dire en en faisant une expérience personnelle, concrète et profonde.

Les dons de l’Esprit : Crainte-Amour (Jir'at) du Seigneur

Le second “composant” du dernier couple des dons de l’Esprit isaïens, que nous avons commencé à examiner lors de l’étape précédente (“Les dons de l’Esprit : Connaissance”), est constitué par la rûah jir'at JHWH (Is 11,2), c'est-à-dire par ce qui est normalement traduit par “Esprit de la Crainte du Seigneur”.
À la différence de l’usage linguistique moderne, pour lequel “crainte” et peur sont grosso modo équivalents, dans le langage biblique la “peur” a toujours une valeur négative, tandis qu’au contraire, la “crainte” est une vertu, lorsqu’elle est dirigée vers le Seigneur.

L’Esprit de Dieu, dans le Christ

Au cours de l’étape “Rûah en action transitoire... et permanente”, nous avons revisité la conception judaïque traditionnelle selon laquelle l'Esprit de Dieu demeurera de façon permanente sur le Roi-Messie, c'est-à-dire sur Celui qui ne sera pas consacré de main d’homme mais, bien plus, sera oint directement par Yahvé.
Dans l’attente judaïque le Messie ouvrira un temps de bonheur et de sainteté – ce que l’on appelle “l’ère messianique” – dans laquelle s’accomplira l’annonce prophétique de Joël : “Je (le Seigneur) déverserai mon Esprit sur tout être humain ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes gens des visions.” (Jl 3,1).

Fait « objet d’émerveillement »

Continuant à suivre le “Vent” de l’Esprit Saint, qui nous a accompagnés lors de la dernière étape de notre voyage dans la dimension surnaturelle, nous nous penchons à présent sur le “territoire” théologique du miracle, l’événement particulier accompli par Dieu – directement ou à travers l’un de ses intermédiaires – dans le cadre de la mise en œuvre de Son Plan providentiel pour le salut de l’humanité.

Le "Miracle", une définition de départ

Même si dans le langage moderne le terme “miracle” est désormais aussi utilisé dans la quotidienneté "profane", avec des phrases du genre "c’est un miracle que tu sois arrivé à l’heure à notre rendez-vous", "les années du miracle économique sont un lointain souvenir", etc. etc.... le domaine "naturel" et originaire du miracle est celui de la religion, sur lequel nous nous disposons à présent à focaliser notre attention.

Un premier regard sur la "cause divine"

Lors des deux étapes précédentes nous avons vu qu’un simple fait “objet d’émerveillement”, se trouve reconnu, dans la perspective religieuse, comme “miracle” lorsqu’on lui attribue une “cause divine”, et que, sur cette base, il est interprété comme un don salvifique de Dieu, une expression de son Amour providentiel pour l’humanité.
Dans une acception classique du terme, le miracle est entendu comme “un événement ou un fait sensible dans lequel se manifeste la puissance de Dieu et qui transcende tant l’expérience humaine que les lois de la nature” (Dizionario del Cristianesimo, Suppl. a Jesus – anno XXII – marzo 2000  - Edizioni San Paolo Milano, p.106)... là où, en général, c’est seulement l'idée de se trouver face à un phénomène dépassant les causes et les lois naturelles, qui conduit à ce qu’un tel phénomène soit attribué à Dieu, c'est-à-dire à la cause divine de laquelle provient la force supérieure à la nature même.

Paroles "miraculeuses" dans la Bible hébraïque

Pour pouvoir revisiter la plus ancienne conception biblique de miracle, il faut avant tout combler une distance terminologique parce que ce mot, dérivant du latin miraculum, n’a pas de terme qui lui corresponde littéralement en hébreu ou en grec.
Par conséquent, il est nécessaire d’identifier les paroles bibliques qui ont été utilisées par les différents auteurs vétérotestamentaires pour décrire les faits merveilleux attribués à une intervention spéciale de Dieu, en prêtant attention, ensuite, à la manière dont ces paroles ont été utilisées.

Les "Merveilles de Dieu", dans la perspective du Livre biblique de l'Exode

Dans l’ensemble de l’histoire religieuse du peuple hébreu, il y a deux périodes en particulier qui sont nettement caractérisées par la présence d’interventions divines extraordinaires, au moyen desquelles Yahvé manifeste sa bénévolence dans ses rapports avec le peuple hébreu.
Il s’agit respectivement de la période de l'Exode, (XIIIe s. av. J.-C. env.) au cours de laquelle Dieu-libérateur œuvre de manière directe... et celle du temps d’Élie et d'Élisée (IXe-VIIIe s. av. J.-C. env.), pendant laquelle Il œuvre à travers les prophètes.
Si nous focalisons notre regard sur le Livre de l'Exode, nous pouvons remarquer que la caractéristique des miracles qui y figurent « n’est pas de suspendre les lois de la nature, mais de manifester avec intensité la présence de Dieu parmi son peuple. La valeur du miracle ne se trouve alors pas dans son caractère surprenant ; des faits tout à fait normaux, s’ils sont chargés de sens peuvent être miraculeux ». (Cf. Maurice Carrez, Grande Dizionario delle Religioni, Cittadella Editrice, Assisi 1990, p.1349).
Dans l’ancien Israël biblique l’événement “miraculeux” est en effet considéré comme tel non parce qu’il enfreint les "lois de la nature" (qui sont un concept scientifique moderne, et non pas biblique), mais parce qu’il exprime des caractéristiques qui le font reconnaître comme une intervention de Dieu qui s’intègre de façon “merveilleuse” dans le cours de la nature et du temps, produisant d’évidents effets providentiels en faveur de la communauté à laquelle est destiné l’événement miraculeux.

Swami Roberto... et mon "face à face" avec le Surnaturel

Dans le cadre de mon voyage, j’ouvre aujourd'hui une parenthèse pour vous raconter un moment de mon passé que je ne pourrai jamais oublier... c'est-à-dire le jour où, il y a plus de trente ans, je me suis rendu chez le médecin de mon village pour connaître le résultat des examens qu’avait dû subir mon papa Vasco, car durant les semaines précédentes il avait été pris d’une toux persistante et se trouvait physiquement dans un état de dépérissement général.
En attendant la réponse médicale, ma maman avait demandé de l’aide à Swami Roberto, et avait reçu cette réponse :
“Le médecin vous dira qu’il n’y a plus d’espoir, que la masse tumorale a attaqué les deux poumons et qu’on ne peut l’opérer, qu'il ne reste à Vasco plus que deux ou trois mois à vivre… mais vous, ne vous résignez pas ! Unissez-vous à mes prières et vous verrez qu’il se remettra et qu’il pourra retourner travailler dans ses champs”.

Le "miracle" dans la tradition hébraïque

Après avoir jeté un coup d’œil sur les faits miraculeux narrés dans le livre de l’Exode, traditionnellement considérés comme les événements fondateurs de l’histoire du salut dans la Bible, nous pouvons à présent esquisser un premier “portrait” du miracle en utilisant les “couleurs” théologiques fondamentales puisées dans la “palette” qui nous est fournie par la tradition hébraïque.
En même temps que ces événements fondateurs (qui, en latin, allaient être ensuite rebaptisés “Mirabilia Dei”), sont aussi considérés comme miracles, dans l’Hébraïsme, certains autres événements particuliers qui se présentent en tant qu’action insolite de Yahvé, son œuvre puissante qui suscite l’émerveillement et qui s’inscrit dans son plan providentiel pour le salut du “peuple de l’alliance… mais pas seulement.
Dans la conception religieuse hébraïque est aussi considéré comme miraculeux le fait que Yahvé, après avoir manifesté la création (Cf. Gn 1,1ss), la renouvelle ensuite continuellement, de jour en jour, de manière à ce que le monde continue à exister… tout comme est miraculeux l’incessant “souffle” de la vie que Dieu insuffle dans le corps de l’être humain et de chaque être vivant (Cf. Le “Souffle vital” de la Rûah).

Circonstances temporelles prodigieuses

Nous venons juste de voir comment, dans la perspective biblique que l’on rencontre dans les pages de l’Ancien Testament, le miracle est un acte de Dieu qui peut aussi être reconnu dans le déroulement ordinaire des événements naturels.
Ce qui révèle la “miraculosité” des actes divins, c’est toujours, et dans tous les cas, le regard religieux qui, sur la base de deux “coordonnées fondamentales, identifie de tels actes en tant qu’actions par lesquelles Dieu entre en dialogue avec l’être humain.
La première de ces deux coordonnées est celle que nous venons juste de mettre en évidence, constituée par le champ des phénomènes naturels dans lesquels l’acte de puissance divine devient manifeste… tandis que la seconde est constituée par le déroulement de l’histoire d’Israël, dans laquelle on peut distinguer des “circonstances” temporelles qui, dans leur particularité, peuvent se présenter en tant que signes de l’action providentielle de Dieu.

« Vous ne tenterez pas le Seigneur, votre Dieu » (Dt 6,16)

Depuis quelques étapes nous revisitons, sous différents angles, la conception biblique du miracle... et il est donc clair pour nous, à présent, que sa caractéristique principale n’est pas tant la "prodigiosité" d’un événement déterminé, que le fait, par contre, qu’en lui soit reconnaissable  un message extraordinaire que Dieu veut communiquer à l’être humain… par rapport auquel l’exceptionnalité de l’aspect phénoménal passe au second plan.
Un aspect théologique supplémentaire de la question-miracle, est mis en évidence par un célèbre avertissement contenu dans le Deutéronome: “Vous ne tenterez pas le Seigneur, votre Dieu” (Dt 6,16).

"Ordinarité" et "extraordinaireté" du miracle

Lorsque nous avons parcouru l’étape « Le "miracle" dans la tradition hébraïque », nous avons revisité la conception vétérotestamentaire qui reconnaît aussi comme miraculeuse l’action accomplie par Dieu dans les habituels processus naturels, la preuve en est que la Tōrāh se réfère  parfois à des phénomènes cosmiques en faisant usage de certains des termes que nous avons rencontrés dans l’étape « Paroles "miraculeuses" dans la Bible hébraïque », comme “gedulôt” (en gr. megaleia “choses grandes”) et niphla’ōt (en gr. Thaumasia, “merveilles du Seigneur”).
C’est là le principe théologique qui est aussi rappelé, par exemple, dans un verset du dernier livre de l’Ancien Testament, le Livre de la Sagesse, dans lequel nous lisons : “la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur.” (Sg 13,5).

Une fenêtre sur l'évolution historique de la conception du miracle

Dans cette phase de notre parcours dans le Surnaturel, nous nous apprêtons à laisser momentanément de côté la conception “ordinaire” du miracle que nous avions revisitée à partir de l’étape « Le “miracle” dans la tradition hébraïque »… pour focaliser notre attention uniquement sur le miracle entendu dans son acception “extraordinaire”, obligés en cela par le fait que nous sommes sur le point d’orienter notre regard sur les signes miraculeux, évidemment extraordinaires, opérés par Jésus au cours de son ministère public.

Paroles "miraculeuses" dans le Nouveau Testament

Dans le Nouveau Testament, les principaux termes grecs utilisés pour désigner le miracle, sont “dynamis” (acte de puissance), “erga” (œuvres transcendantes), “teras” (prodige), “sēmeion” (signe).
Comme nous l’avons déjà fait dans le post «Paroles "miraculeuses" dans la Bible hébraïque», dans ce cas aussi nous pouvons esquisser une distinction basique entre de telles “paroles miraculeuses” utilisées dans le Nouveau Testament, en prenant comme référence la classique tripartition qui identifie, dans le miracle biblique “un prodige religieux (aspect psychologique : point de vue du spectateur ou du témoin), une œuvre de puissance (aspect ontologique : point de vue de la cause qui le produit), un signe envoyé par Dieu (aspect sémiologique : compréhension d’intentionnalité)” (cf. Latourelle, R., Miracles de Jésus et théologie du miracle, Montréal, Ed. Bellarmin, 1986).

Un premier regard d'ensemble sur les miracles de Jésus

En jetant un premier regard d'ensemble sur les faits miraculeux opérés par Jésus et narrés par les Évangiles, nous pouvons tout de suite nous rendre compte qu’il s’agit, dans la majorité des cas, d’œuvres miséricordieuses au bénéfice de ceux qui souffrent… avec une attention particulière envers ceux  qui se trouvent dans les conditions socialement les plus défavorisées.
Les miracles de Jésus sont, en substance, des actes d’amour par lesquels Il communique les contenus de son message et, dans ces diverses occasions, le Christ exprime de différentes manières son amour miséricordieux pour l’être humain... qu’Il veut amener à “guérir” son rapport avec Dieu.
C’est dans cette perspective que, par exemple, les miracles de guérison par lesquels Jésus fait recouvrer l’ouïe aux sourds et la vue aux aveugles, sont aussi lus comme des “signes” adressés à leur intériorité, afin qu’ils recouvrent pleinement la capacité spirituelle d’ “entendre” et de “voir” le Seigneur.

Les miracles de Jésus... et leur fonction "d’attestation"

Comme nous l’avons vu en parcourant l’étape « Paroles "miraculeuses" dans le Nouveau Testament », les deux termes grecs qui mettent en évidence, dans les Évangiles, la causalité divine, c'est-à-dire ce que l’on appelle l’ "aspect ontologique" du miracle – le désignant clairement comme un fait surnaturel qui ne peut pas être accompli par les êtres humains - sont erga (œuvres transcendantes) et dynameis (actes de puissance).
Par exemple, dans le quatrième Évangile, Jésus se réfère à ses miracles en les définissant comme les “œuvres [erga] que nul autre n’a faites” (Jn 15,24), et justement, ce caractère transcendant de ses “œuvres” - par rapport à toute action possible par les êtres humains – se trouve évoqué par Lui comme preuve de son identité divine : 
“Croyez-moi : moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause des œuvres [erga] elles-mêmes.” (Jn 14,11).

Les miracles de Jésus... et leur fonction de "libération du mal"

Dans l’étape précédente nous avons vu qu’une première fonction des miracles opérés par Jésus est celle d’attester qu’Il est le Fils envoyé par le Père, né sur cette terre pour que commence l’ère messianique annoncée par les prophètes et donc, pour rendre concrètement présent le salut divin.
En ce sens, les récits des Miracles néotestamentaires sont alors compris comme “signes” de l'avènement de ce salut prophétiquement promis pour les temps messianiques... un salut que, par ailleurs, les miracles de Jésus non seulement proclament, mais effectivement réalisent, parce qu’en Lui se manifeste la puissance divine qui, comme en témoignent par exemple les Évangiles, guérit de la maladie en “sauvant” de la mort physique.

Les miracles de Jésus... et leur fonction de "communication"

Après avoir commencé à approfondir la signification des miracles accomplis par Jésus, en mettant d’abord en évidence leur "fonction d’attestation" et aussi, ensuite, leur "fonction de libération du mal"... prenons en considération, à présent, leur fonction communicative qui, des trois, est la plus importante.
En effet, même s’il s’agit de fonctions liées et présentes simultanément, la raison d’être fondamentale de ces événements miraculeux narrés par les Évangiles est d’éveiller dans les bénéficiaires la stimulation pour raviver le dialogue avec Dieu et pour faire mûrir un fructueux changement intérieur tourné vers le salut.

La dimension symbolique du miracle

Dans cette phase de notre voyage, où nous sommes en train de pénétrer dans la fondamentale “fonction communicative du miracle”, nous passons à présent par le focus sur le concept du “symbole” (en grec sýmbolon), terme qui dérive du verbe grec symbállein (“mettre ensemble”, “accoster”) et qui, du point de vue étymologique, est en opposition au terme diábolos (qui signifie littéralement “celui qui divise”).
Dans le sens religieux, le symbole indique quelque chose appartenant à la réalité sensible...  qui renvoie à quelque chose d’autre, appartenant à la réalité spirituelle-transcendante... et développe donc la fonction de "mettre ensemble" temps et éternité, relatif et absolu, limite et perfection... créant ainsi un trait d'union entre la réalité concrète et expérimentable dans laquelle nous nous trouvons, et la dimension transcendante.

Par Volonté divine... et non "sur commande"

Comme nous l’avons vu dans les étapes précédentes, les miracles accomplis par Jésus dans différentes situations, remplissent des fonctions d’attestation de son identité divine, de libération du mal et de communication de son message.
Le Christ n’accomplit aucune intervention prodigieuse qui se situerait en dehors de cet éventail de significations, et c’est dans cette perspective qu’il est possible de comprendre la manière dont Il répond à quiconque Le sollicite pour des actions miraculeuses sur la base de différentes motivations… comme celles qui, par exemple, entrent dans les attentes des incrédules qui prétendraient à de rassurantes preuves surnaturelles destinées à “faciliter” leur foi (Jn 2,18-19; 4,48)... des adversaires religieux qui voudraient Le provoquer (Mt 12,38; 16,1-4)... ou encore de ceux qui voudraient Le pousser à faire des miracles pour Lui-même, au lieu de les faire pour le bien des êtres humains (Mc 15,29-32).

Un cas exemplatif

Pour nous concentrer davantage sur l'aspect dont nous nous sommes occupés dans l’étape précédente, c'est-à-dire le fait que les miracles divins ne sont certainement pas accomplis “sur commande” (donc sur “ordre” d’un simple être humain), mais seulement dans la mise en œuvre de la suprême et parfaite Volonté de notre Père... il nous est utile à présent de nous rappeler le passage de Matthieu (16,1-4) où les pharisiens et les sadducéens s’approchent de Jésus “pour Le mettre à l’épreuve”, et Lui demandent de leur montrer “un signe du ciel”.
Le Rabbi de Nazareth repousse cette demande en qualifiant ses interlocuteurs par la dure expression de “génération méchante et adultère” parce que, évidemment, en Lui demandant ce signe qui L’accréditerait comme envoyé de Dieu, ils ont une intention qui n’est certainement pas le fruit d’une sincérité et d’une bonté d’âme.

Le "voir"... qui voit au-delà

Au cours de notre voyage, nous sommes parvenus il y a peu à mettre en évidence que les miracles opérés par Jésus adviennent toujours pour une raison bien précise, qui répond à la nécessité intérieure précise de la personne qui en est directement bénéficiaire ou aussi, éventuellement, des personnes qui sont témoins de son intervention divine (cf. Par Volonté divine... et non "sur commande").
Ce principe présuppose évidemment un “canal” de connaissance surnaturelle grâce auquel le Christ "voit" la situation intérieure de l’être humain... et en vertu justement de cette connaissance supérieure, Il intervient selon les modalités et les temps opportuns... pour donner son aide miraculeuse.